Chapitre 1 : L’ombre et le regard
Tokyo brillait sous les néons du soir. Au cœur du quartier discret de Kagurazaka, la petite maison de thé où Zya travaillait ouvrait ses portes aux derniers invités. Elle s’y déplaçait avec grâce, enveloppée d’un kimono de soie noire brodé d’iris violets. Sa peau sombre, satinée, contrastait magnifiquement avec la blancheur rituelle de son maquillage.
Zya n’était pas une geisha comme les autres. Elle avait défié les conventions, brisé les regards sceptiques pour suivre son propre chemin.
Ce soir-là, un homme entra. Européen, grand, les traits ciselés et les yeux profonds. Il s’appelait Mateo. Il ne parla pas beaucoup, mais son regard resta sur elle plus longtemps qu’aucun autre. Et Zya sentit, au creux de sa nuque, une chaleur douce, imprévue.
Chapitre 2 : Le murmure des gestes
Il revint. Pas seul, d’abord. Mais toujours avec ce regard précis, posé sur elle, sans poids, sans insistance, mais chargé d’une curiosité vibrante. Zya servait le thé, dansait, jouait du shamisen, et tout en elle était dédié à l’art du moment présent. Mais dès qu’il était là, une autre musique battait sous sa peau.
Un soir, il resta jusqu’à la fermeture. À la sortie, sous les lanternes rouges, il lui tendit une boîte en bois laqué. À l’intérieur : une calligraphie ancienne, un poème sur le silence et le feu.
— Vous dansez avec l’ombre comme si elle vous appartenait, dit-il simplement.
Elle sourit, touchée. Et elle comprit que quelque chose, entre eux, avait commencé à s’écrire.
Chapitre 3 : Le premier feu
Il revint trois jours plus tard. Cette fois, il entra chez elle. Pas comme un client, mais comme un invité. Zya portait un simple kimono ivoire. Elle lui prépara du thé au jasmin, puis s’assit face à lui.
Le silence s’étira, dense, vibrant. Mateo tendit la main et effleura le bord de son obi. Elle ne recula pas.
Le premier baiser fut long, profond, un souffle contenu depuis trop longtemps.
Le tatami devint un lit d’offrandes. Les couches du kimono glissèrent lentement. Son corps à elle, noir et lisse comme l’encre ancienne, se dévoila sous les mains de Mateo, tendres et affamées à la fois.
Ils firent l’amour dans la lenteur, dans la chaleur d’un feu contenu. Et dans ses bras, Zya sentit un nouveau monde naître.
Chapitre 4 : L’île aux racines
Ils partirent pour Yakushima. L’île aux arbres millénaires. Un sanctuaire sauvage, humide, enveloppant.
Zya y découvrit une paix étrange. Mateo y devenait plus silencieux, plus profond. Ils se baignèrent nus dans des rivières tièdes, firent l’amour dans la mousse, bercés par les chants d’oiseaux inconnus.
Un matin, il lui prit la main.
— Tu voudrais rester ici, loin du monde ?
— Non. Je veux y revenir avec toi.
Leurs regards se croisèrent, graves et tendres. Quelque chose en elle commençait à s’ancrer.
Chapitre 5 : Le poids du silence
Le retour fut doux-amer. Quelque chose en elle était prêt à remonter à la surface.
Un soir, elle se confia. L’abandon à la naissance. La solitude à Kyoto. La honte d’avoir été une étrangère dans son propre pays.
Mateo ne parla pas tout de suite. Puis il lui raconta son propre exil : une sœur perdue, une mère disparue trop tôt, l’art comme refuge.
Ils firent l’amour cette nuit-là d’une façon nouvelle. Comme si chaque gémissement lavait les blessures anciennes. Comme si leur peau se souvenait à leur place.
Chapitre 6 : Le choix de la lumière
Les saisons passèrent. Ils s’installèrent ensemble. Un appartement simple, baigné de lumière, entre bois brut et pierres anciennes.
Zya ouvrit une école d’art traditionnel japonais pour étrangers. Mateo exposa ses photos dans une galerie d’Harajuku.
Leur vie était douce. Pas parfaite. Mais profondément choisie.
Un soir, Zya, nue sous un yukata entrouvert, lui dit :
— Je ne suis plus une geisha.
— Non, dit-il en embrassant son épaule. Tu es la femme avec qui je veux tout vivre.
Et ils s’aimèrent encore. Longtemps. Lentement. Comme au premier soir.
Épilogue : L’écho des promesses
Des années plus tard, Zya se réveilla un matin d’automne, le corps encore engourdi de leur nuit d’amour.
Mateo dormait à côté d’elle, les cheveux mêlés de fils d’argent.
Elle sourit.
Elle n’était plus une énigme. Plus un masque.
Elle était une femme aimée, libre, debout.
Et dans ses bras, elle avait trouvé le lieu où commencer, enfin, à s’épanouir.
